Dimanche 7 novembre 2010 7 07 /11 /Nov /2010 01:40

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SA

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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 08:53

 

 

 

Voici un nouvel article, Introduction à SPQR, par Guillaume (cf deuxième moitié de la page) pour débuter une grande phase de réflexion sur le sexe, autant l'acte amoureux que le genre masculin et féminin, et l'amour, dans l'usage du monde. Quelque part, cette réflexion peut se résumer par les lettres SPQR, auxquelles on peut rajouter XX, ou XY, et éventuellement mettre au carré, soit quelque chose comme SPQRXXY².


Je tiens à remercier chaleureusement les demoiselles qui nous permettent de rester eveillé intellectuellement, et ainsi de passer des nuits blanches.......à cogiter dans la solitude, plutôt que de nous laisser dormir avec elles : béatement, tranquillement, simplement, apaisé...ne désirant plus rien d'autre au monde que des tendres baisers, et, au petit dej, des croissants avec de la confiture de myrtilles, comme Belmondo, (dans le film en lien ici) qui semble assez dépité de ne plus trouver sa confiture favorite.

 

Ce serait trop simple......ce serait trop facile. Qu'est ce qui rend le plus heureux du monde un homme ? c'est de faire l'amour à la femme qu'il aime bien sûr. C'est la condition, sine qua non, d'une vie disciplinée et rigoureuse, autrement, comment peut-il se rendre à son travail à 8 heures tous les matins ? comment peut-il dire non à la bouteille s'il n'a pas une source d'amour à ses cotés ?

 

C'est un cercle vicieux, car, comme le dit la chanson italienne (chanson en lien ici), celui qui ne travaille pas ne fait pas l'amour. Mais celui qui ne fait pas l'amour ne peut pas travailler 

 

Nous, on rêve de faire comme dans ce film (en lien ici) qui montre Belmondo et Karina en train de se réveiller tranquillement, au lieu d'aller travailler. Au lieu de cela, voilà ce à quoi ressemblent mes réveils : lien ici et lien ici encore.

 

Contrairement à cet homme, au réveil, du premier extrait ci dessus, Je ne prends pas de dexedrine pour traiter l'hyperactivité, mais je pourrais, parce que, celui qui ne fait pas l'amour et qui ne travaille pas, celui là, regarde des films, écrit des lettres d'amour et des articles scientifiques ou journalistiques et sort avec ses copains. Et c'est ça qui le rend original et super stressé. Merci les filles, donc, pour votre aide,  vous boostez notre productivité écrite et notre camaraderie virile. 

 

SA

 

 

Introduction à SPQR,  par Guillaume Auzou

 

 

S comme Spartacus
P comme Populus
Q comme Q.
R comme Rosse, Rossinante, R., Rossa, Rouge, Rosa, Nera, Rome, Rrrr ...
& Sono Pazzi Questi Romani !

 

 

Même wikipedia le sait, Alexandre Astier, auteur et interpréte de Kaamelot, s'est vu tatouer sur le pied gauche durant son jeune âge, le sigle SPQR, le désignant comme propriété du Sénat Romain ( “PopulusQue” :et du peuple, mais ça n’est pas précisé dans la série, à ma connaissance ). C’est cette marque au fer rouge et le fait qu’il ait extrait Excalibur du rocher, qui lui procure la légitimité de chasser les légions romaines qui l’investissent du pouvoir en Bretagne, et de s’emparer du trône. Brillante reprise en main  du récit de la table ronde, chaudron éternel, aussi bouillonnant que les cuisines d’un A380, où se succèdent tous les genres et tous les registres : ce à quoi ces gens de wikipédia n’ont toujours rien compris, puisqu’ils s’acharnent à relever, par gageure, des incohérences avec le “récit traditionnel” des chevaliers de la table ronde – les versions étant aussi nombreuses que les wikipédants. 

 

 

D'autre part, et il n’y a plus moyen d’en douter, un de mes amis est -pardon était il y a quelques mois mais je redoute que cette situation ne se prolonge dans le présent- à côté de la plaque... C'est une Bruxelloise qui le lui a révélé. La précision GPS de ces coordonnées, digne par ailleurs d’un relevé topographique de la légendaire armée belge –laquelle se demande encore par où ont bien pu passer les troupes allemandes pour déferler sur la France en 40 : un mystère de plus, mais ce n’est pas la question- implique-t-elle que les personnes ne partageant pas cette position –à savoir, soyons précis “à côté de la plaque” – se situent dans, sur, ou sous, ladite plaque ? -ou encore tout aussi à côté de la plaque mais autrement localisés, c'est-à-dire plus ou moins près de la plaque mais toujours à côté, le degré d'éloignement de la plaque devenant alors proportionnel à l'expression d'un égarement, voire d’une errance : errare humanum est à interpréter au choix comme une errance ou une erreur, les deux pouvant mais n’étant pas forcément synonymes. Mon Dieu mais c’est bien sûr SPQR encore une fois gravé jusqu'à aujourd’hui sur les plaques de fonte de la voirie romaine. 

 

 

La question reste entière. Et c’est la suivante : puis je-parler à la fois, dans un article à prétention scientifique, de ma frustration sexuelle romaine, de mon amour pour Naples, de l'ambiguïté géocharismatique sicilienne, de ma haine impersonnelle autant que désespérée de la ville lumière, et des cuisines d'un A380 ? A cette question, il me faut répondre, oui. Oui, car chacun de ces sujets, traités séparément, requièrerait une énergie bien supérieure à celle qui m'est actuellement impartie. Or, c'est le rôle de la mobilité, à un point X du temps et Y de l’espace, de réunir, l’instant du voyage, des forces jusque là éparpillées -crucifiées- aux quatre coins de l’humain pour que l’aventure un instant vive, que ressuscite l’instant du rêve, princesses, bardes et dragons. Faut-il une preuve ? S’il en faut une ce sera la puissance de feu d’un A320, dont la préhension seule, m’a permis dans le bus qui menait à Roissy- Charles de Gaulle de m’arracher enfin les quelques notes préparatoires à cette introduction, puis de les rassembler à l’atterrissage, dans le train qui me menait de Copenhague à Göteborg, où m’attendait une déconvenue plus étrange encore. Ô Mort vieux Capitaine, il est temps, levons l’ancre. Qui m’aime me suive. Et les passagers du vol SPQR, -en provenance d’X et à destination d’Y- sont priés d’attacher leur ceinture.


G.A

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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 13:57

 

 

      Les-Bruxelloises-sous-la-tente.jpg

                                           Les Bruxelloises Sous la Tente, de Roger Somville, peintre bruxellois

 

 

 

 

Pour Lise...

 

 

 

Je rencontrai Lise pour le première fois à Palerme, où j'étais venu visiter un ami. Elle aussi était en Sicile pour voir une amie, laquelle était amie avec mon ami, ils s'étaient rencontrés à Palerme quelques mois auparavant. Lise et son amie se connaissaient de Bruxelles depuis l'école. Ensuite, une autre copine à elles, belge aussi, est venue les chercher pour aller à Reggio Calabre. Je me suis joint au groupe. C'est dans la chaleur de la camaraderie que j'ai connu Lise. Il était naturel pour moi d'aller vers elle, que je trouvais (et trouve toujours) belle, amie du poète, cultivée, cérébrale dans le bon sens, douce, calme et sensible. Une de mes impressions fut également que ces filles belges émettaient une énergie capable de réchauffer une petite planète englacée des confins du système solaire. Et Lise est la plus incandescente de ses amies.


Un astre gelé qui serait mon cœur. Il s'est éteint par auto-combustion il y a longtemps déjà. Depuis, ma vie n'est qu'une errance dans les ténèbres et la froideur des villes, avec des moments de douceurs, comme à Naples, en 2006, où la pluie des saisons faisait fondre le crépis jaune et ocre des vieux palazzi, les gouttes tombaient mollement sur les dalles en basalte disjointes des ruelles noires du centro storico. Au printemps, dans les jardins de Sorrente, je humais le parfum qu'exhalaient les citronniers après l'averse. Entre deux vases lucaniens ébréchés... quelque part, dans une nécropole archaïque, à la tombée du jour,...mon âme (Meine Seele) s'est trouvée à son aise. De la Grande Grèce, de cet ellenisme où l'homme et la femme sont enfin réunis dans une même bière, par la fumée blanche de leur deux cigarettes, je garde une attirance pour le cinéma de Rainer Fassbinder. Les allemands sont seuls à jouer cette partition qui permet d'accorder, à loisir, le masculin et le féminin, la vie dans les villes et le tropisme méditerranéen.

 

Les délices de Capoue eurent une fin. Et ce besoin d'amour impossible à satisfaire revint bientôt me hanter. Je me mis à fréquenter l'intimité de femmes plus âgées qui avaient coiffé sainte Catherine depuis longtemps. Je célébrais, en compagnie de ces dernières, la ruine de l'amour, dans les bars, les soirs de la semaine. Je courrais également les femmes trompées par leur mari. Avec amertume, je me rendis compte que, plus monsieur bafouait sa femme, plus madame lui trouvait des excuses, du genre : "c'est un enfant, s'il va voir ailleurs, c'est parce qu'il se sent mal avec moi... c'est donc de ma faute". Et elle, de se donner à lui, dans une ferveur redoublée, exacerbée par la culpabilité auto-suggérée, les soirs où le bigame revient jouir de son usufruit a casa sua, agréablement surpris de redécouvrir en sa femme légitime, une passionaria en pleine Reconquista....et l'amour renaît....plus froid que la mort....tout ceci n'est que lâcheté....Et c'est aussi pour cela que j'aime Lise, parce que, cette hypocrisie insupportable, mais nécessaire à l'entente des sexes, cette abdication volontaire de la femme, Lise la balaye à chacune de ses respirations. Elle pulvérise toutes les compromissions, au point même, parfois, de se haïr elle même, c'est certain. Lise refuse de se laisser aimer, alors qu'il ne lui manque que cela pour être enfin heureuse....et rendre magnifiquement heureux un homme. 

 

Cette fille est mystérieusement blessée. Quelques fois, son regard, qu'elle possède habituellement clair, franc et lucide, vacille, s’éloigne, s'étire, chavire...comme la flamme d'une bougie sur laquelle on souffle tout doucement. Si vous semblez attendre quelque chose d'elle, elle s'éteint. Et lorsque, cette fois, vous l'accompagnez sans poser de questions, vous la voyez partir peu à peu....tandis qu'elle vous rassure d'un sourire.... Lise, par période ne veut plus voir personne. Quand cela m'arrive, à moi aussi, de fuir les gens, autres que mes amis, je dis que je "fais ma Lise" et mon cœur se réchauffe de communier ainsi avec elle, dans ce rejet que nous partageons de la connerie humaine. Mais sa vie est très différente de la mienne, car elle est femme. Elle ne peut, donc, pas supporter, contrairement aux garçons, de rester à errer sur terre avec un cœur mort traîné au bout d'une ficelle faite d'addictions et de rencontres sans lendemains, de défaire l'amour en le faisant et en s'en trouvant bien. Elle est tombée, je ne sais pas vraiment quand, amoureuse, d'un Jacques Brel raté, qui lui a brisé le cœur, durement, peut être pour toujours. 

 

Les femmes, qui sont ultra-sensibles, tombent par millier au sortir de l'adolescence, blessées par les désillusions de l'amour et de la sexualité. Cela évoque plus un champ de bataille de la première guerre mondiale, que les  stances de Pétrarque ou de Léopardi, autrefois portées de lèvres en lèvres par les troubadours, qui ravissaient d'amour les jeunes femmes, et, mon Dieu, si le monde pouvait être encore ainsi....même mon cœur se remettrait à battre. Face à cette âpreté de la vie, certaines filles s’endurcissent, au point de devenir des combattantes qui rendent coup pour coup (en particulier les parisiennes), tandis que, d'autres deviennent des fugitives insaisissables qui vont se cacher de capitales en capitales : Berlin, Amsterdam, Rome, Zurich....D'autres enfin, se révoltent, c'est ce que fait Lise. Elle refuse de se battre, elle ne se cache pas, elle dédaigne aide et protection, malgré sa fragilité. Elle vit avec des blessures qui vont en se creusant.

 

Où va Lise quand elle vous sourit ? nul ne le sait. En 10 ans, elle a changé de domicile 30 fois, et ce, toujours dans Bruxelles. Lise est prisonnière de sa ville, alors, elle rêve de voyages....et je rêve de ses rêves de voyages....Depuis que j'ai rencontré Lise, je n'ai cessé d'écrire pour elle, et, quelque part, en son nom, la poésie vécue de la géographie amoureuse. J'ai retardé, toujours plus, ce moment de porter dans ma peau une femme, la mienne, que j'aime, et qui m'aime en retour, et de lui faire l'amour entre deux avions. Je refuse, toujours, cette mascarade du couple hétérosexuel, qui fait table ouverte à tout et à n'importe quoi, comme durant un jour de kermesse. Mais je refuse tout autant, et catégoriquement, ce que représenteraient l'hirondelle et la statue triste du Prince Heureux, dans le conte d'Oscar Wilde, c'est-à-dire, une relation "poétiquement sadique" entre un homme et une femme, qui se piquent, se frustrent, et s'épuisent l'un l'autre, traduisant, par là, une homosexualité contrariée, de la part des deux.

 

Mais, pendant ce temps, loin de moi et de toutes mes questions, Lise voyage, quelque part, tantôt torturée, tantôt insouciante...portant en elle le bonheur possible d'un homme, tout en n'en sachant rien.

 

 

SA

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Jeudi 21 octobre 2010 4 21 /10 /Oct /2010 23:11

 

 

              Gaston 1

   Un héro de la bande dessinée belge des années 70 : Gaston Lagaffe, par Franquin, natif d'Etterbeek

 

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                                   Mon bureau (celui de gauche) à l'université de Gand en hiver 2010

 

 

 

 

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours cherché à m'entourer de livres, de tas de papiers, froissés, dans mes poches, mes sacs, mes chambres, mélangés à toutes sortes de bric-à-brac, d'objets hors d' usage. Vers 5 ans, j'aménageais les placards de la maison avec des livres que j'empilais comme des briques pour en faire des abris de fortune à ma taille. En cours primaire, à l'époque où j'ai commencé à lire Gaston ( Lagaffe), mon aversion naturelle pour le soin, la calligraphie et le rangement de mon casier, m'ont valu de sévères remontrances de la part de mes instituteurs. Ils n'ont jamais pu me faire entendre raison. A 28 ans, année où je me suis retrouvé assistant de français en Suisse allemande, j'étais le seul du lycée à fréquenter la bibliothèque de romanistique, et la responsable des professeurs de français m'a reproché de mettre les livres en désordre, avec le même ton que je connais depuis toujours. Aujourd'hui, à 30 ans, j'ai occupé jusqu'à ce mois-ci un bureau à l'Université de Gand (photo du haut).
 
Ce besoin de remplir mon intimité de livres, de feuilles et d'objets en désordre, est, sans doute, la traduction d'une angoisse qui se manifeste spectaculairement par une inaptitude totale de ma part au confort domestique. Mes amis peuvent témoigner de la manière spartiate dont je vis, n'ayant jamais besoin d'autre chose que d'une valise et de quelques bières. Aussi, ce mobilier éphémère de livres ou de papiers griffonnés au stylo, outil que je n'ai jamais réussi à maîtriser, tant ma main manque de précision pour écrire entre les interlignes, (ce qui fait que je ne peux jamais me relire), sont des moyens de me trouver partout chez moi, car je me sens bien et apaisé quand je suis ainsi réfugié au milieu de mes impressions. 

Un des moments marquant l’éveil de ma pensée et de ma conscience du monde, a été de comprendre, vers 10 ans, que les bandes dessinées francophones que je lisais quotidiennement n'étaient pas françaises, mais belges. Ces dessins - comme celui ci-dessus présentant Gaston en train de dormir - qui savaient si bien rendre compte de la manière dont je me protégeais de l'angoisse, mais qui contribuaient aussi à l'alimenter, étaient donc intimement attachés à Bruxelles, Anvers, Gand ou Liège...Depuis un an que je vis dans ce pays, ces villes résonnent de manière particulière chez moi, et je pourrais dire comme Nerval : cette Belgique...que dans une autre existence peut-être, J'ai déjà vue...et dont je me souviens. 

En effet, Gaston est un belge des années 70 et 80. A cette époque, la société belge traverse des moments extrêmement troubles et incertains socialement et politiquement. L'enfant français que j'étais dans les années 1980, fut, peut être, plus que les autres sensible à ce sentiment d'inquiétude que Franquin, le dessinateur de Gaston, pouvait ressentir en regardant le monde depuis Etterbeek. Toutes les références spécifiquement belges étaient proscrites des bandes dessinées destinées au marché français. Pourtant, derrière un décor urbain standard et des scènes sociales conservatrices et universelles, compréhensibles dans toutes les langues du monde, c'est l'ambiance très particulière  du Bruxelles de ces années difficiles qui apparaît en filigrane. C'est perceptible dans l'image du dormeur ci-dessus, qui peut être considérée comme illustrant une réaction infantile, mais aussi typiquement belge, à un monde agressif en crise. 
 

La Belgique peut se comprendre par une obsession de "l’approvisionnement" et la crainte terrifiée de voir la chaîne logistique du ravitaillement un jour rompue. Les villes belges sont ouvertes aux quatre vents comme des maisons sans portes, en brique, dans lesquelles vivent des familles ultra-claniques mais dont les membres se détestent car ils sont tous plus farouchement individualistes et excentriques les uns que les autres. Cette démesure sociale se retrouve sur la table, toujours mise et chargée, et dans les bars où la bière n'arrête jamais de couler. Les flux, l'argent, les transports, les trafics en tous genres, prennent en Belgique une dimension particulière, unique en Europe. La violence est latente dans ce petit pays "paisible et sympa où il ne se passe jamais rien" qui semble pourtant voué au chaos, mais où tout le monde se trouve d'accord sur la nécessite d'engranger des biens, de stocker des denrées, de remplir les placards....comme dans le Banquet de Bruegel.

 

A l'université de Gand, l'état de mon bureau (cf. photo ci dessus) et surtout de mon armoire, dans laquelle s'amoncelait encore jusqu'à peu, mon barda de sans domicile fixe : une lampe, un matelat, des caisses de livres, une casserolle, des bouteilles de vin, de vodka, de bières, des liqueurs...des boites de conserves, des biscuits, du chocolat, du matériel informatique usagé....ne m'a pas été pardonné par mon superviseur flamand qui trouvait que ce n'était pas du matériel appropié à la recherche universitaire.....et pourtant, je n'ai jamais été plus au coeur de la culture belge, dans cette idée de remplir du vide, de le faire sien, en mélangeant des produits culturels et agricoles, et, au final, tout et n'importe quoi bourré dans une armoire.

 

Et tout tourne bien sûr autour des livres. Exemple marquant de cette manie culturelle : en 1968, les flamingands de l'Uuniversité de Louvain ont déménagé manu militari leurs collègues francophones vers la Wallonie. Il en a résulté une première mondiale dans la logistique du livre : les deux millions de volumes de l'antique bibliothèque universitaire ont été partagés entre flamands et francophones selon leur cote. Les impaires à la Katholieke Universiteit Leuven néerlandophone et les paires à Louvain la Neuve la francophone où, à partir de la demi-bibliothèque ainsi constituée, une ville entièrement nouvelle a été construite en 5 ans avec des routes, des maisons, des supermarchés, une gare...C'est à cette époque que Franquin commence à présenter de manière récurrente Gaston dans une sorte de "poche amniotique" de livres. Dans ce cas, le Walen Buiten (les wallons dehors) cette espèce de guerre civile belge qui n'en n'est pas une, révèle une brisure de la symbiose entre le foyer, le savoir et l'enfance que je n'ai jamais cessé de ressentir très fort et qui, je crois, est aussi proprement belge. C'est peut être ce qui explique le désir qui m'anime de toujours chercher à reconstituer ma bibliothèque perdue. ....de la Belgique inconnue...et aussi d'y poser peut être ma valise quelques temps...si on veut bien de moi.

 

SA

 

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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 12:08

 

 

                 translation    

Aéroport de Manchester, 2010. Des passagers du flux en train de penser (à leurs petites amies ?)  sous le regard des visages radieux de l'économie d'intermédiation. Photo : Carolina Mojica


 



 En 2032, dans le film d'anticipation Demolition Man, un héros californien (Stallone) vit une rencontre amoureuse avec une de ses collègues de travail. Ils passent une soirée romantique dans un restaurant Pizza hut, reconnu comme traditionnel et authentique, puis ils font l'amour à l'aide d'un casque virtuel. Tout naturellement... En août 2010 le philosophe gauchiste Alain Badiou (que l'on retrouve notamment, dans son propre rôle, dans Film Socialisme de Godard), s'entretien avec des journalistes de Télérama sur le thème de la rencontre...en particulier amoureuse, au début du 21 ème siècle. Extrait :

 

"D'un côté, l'espace de rencontre possible s'agrandit, à cause des moyens de transport et de communication. De l'autre, cet élargissement, comme toujours, se paie d'une « desintensification ». Les rencontres sont si faciles, si nombreuses, que l'intensité du changement que l'on peut accepter à partir d'elles n'est plus la même. On introduit un système de précaution : je prends quelqu'un de suffisamment semblable à moi pour espérer faire un chemin avec cette personne en restant exactement ce que je suis. Le modèle caché de tout cela c'est le marché. On vous propose quantité de produits qui changent tout le temps, mais c'est la même chose, [ce ne sont pas des rencontres mais] des consommations répétitives par essence. Vous pouvez changer de modèle de femme, il n'est pas sûr que vous ayez besoin pour cela d'une rencontre" (*)

 

 

Mon amoureux est-il un objet manufacturé ou un prolétaire ?

 

 

Aux origines de la rencontre, il y a le social et le spatial. Dans une large première moitié du 20ème siècle, au temps du marxisme et du modernisme, le monde et ses disparités se reproduisent dans la ville cosmopolite et industrielle. L'ouvrier fraîchement sorti de sa campagne ne peut pas rencontrer la bourgeoise que pourtant il croise dans la rue. Ce tourneur de chez Citroën, chanté par Yves Montand dans Les grands boulevards, est tout heureux de flâner seul parmi la foule . Il ne lui traverse pas l'esprit d'adresser la parole aux belles parisiennes dont la vue agrémente pourtant sa promenade de vieux garçon satisfait de sa condition :

"On a des chances d'apercevoir deux yeux angéliques que l'on suit jusqu'à République (...)
Puis je retrouve mon petit hôtel
  Ma chambre où la fenêtre donne sur un coin de ciel"

 

Quand histoires d'amour il y a, elles ne suivent alors aucune règle, si ce n'est celle du trottoir, comme dans La complainte de la butte de Mouloudji :

"En haut de la rue St-Vincent Un poète et une inconnue
S'aimèrent l'espace d'un instant Mais il ne l'a jamais revue

Cette chanson il composa
Espérant que son inconnue
Un matin d'printemps l'entendra
Quelque part au coin d'une rue"

 

Il est à noter que dans la ville de cette époque, le port de mer est plus célébré pour les rencontres originales qu'on est susceptible d'y faire, que pour son rôle de plate-forme logistique : "Je rencontrai Zorba pour la première fois au Pirée", écrit Kazantzakis. Quoi qu'il en soit,  il est entendu par les sociologues de la période que la plupart des couples heureux et durables se rencontrent dans la ville commune à leurs deux domiciles fixes et sont de la même catégorie sociale.

 

Vers les années 1960, tout change. C'est désormais le monde qui s'ouvre à la ville et révolutionne la rencontre. Les néomarxistes observent le "divorce" socio-spatial mondial entre lieu de production et lieu de consommation, dont la conséquence est de reléguer l'ouvrier en Asie du sud-est. La distance entre l'usine asiatique qui fabrique et la ville consommatrice nord-occidentale, fait triompher le transport / logistique (pour relier les deux) ainsi que le pouvoir d'un centre, qui pense, sur une "périphérie", qui exécute. Au sein de la ville européenne, ce n'est plus la classe, mais la rencontre qui devient l'objet social principal. Une économie de la médiation s'affirme en conséquence. Le produit acheminé de manière sophistiquée par la logistique maintient à la fois l'ordre mondial et la cohérence du "vivre en ville". Ville et monde se rejoignent dans une même dimension cognitive si bien que le transport du produit se confond avec le transport amoureux et c'est là que l'analyse de Badiou s'applique (cf. extrait plus haut).

La logistique de la pizza industrielle transportée surgelée depuis une lointaine usine de production, puis réchauffée dans l'assiette des deux amoureux, débouche sur le sexe électronique. Autant de médiateurs chargés d'intensifier une relation interpersonnelle qui, de fait, ne l'est plus tellement. Le couple dépend pour subsister des chaînes d'approvisionnement du marché à la manière du prolétaire des temps modernes dominé par la machine.

 

Aujourd'hui, depuis les années 1980, la rencontre s'est encore métamorphosée. Plutôt que d'imaginer l'homme et la femme se consommer l'un l'autre dans un amour enchaîné par la logistique, la ville contemporaine comprend cette fois deux dimensions cognitives de l'usage du monde : l'espace de la "place" c'est-à-dire la ville où l'on habite, le marché / logistique, et l'espace du "flux", soit le déplacement engendré par la globalisation. En conséquence, la rencontre se détache du consumérisme, elle devient plus humaine, plus active. La ville globale est un flux d'échanges intenses avec une autre ville globale, avant même d'être une place située. Pour le citadin d'une telle ville, y vivre et y faire des rencontres, cela suppose de quitter son agglomération pour une autre, le plus souvent possible.

 

 

Ma copine est aussi ultra-relationelle que l'aéroport de Dubaï. J'ai l'impression qu'elle n'éprouve plus le moindre sentiment pour personne.  Est-ce normal ?

 

 

L'économie de la société contemporaine est entraînée par les services avancés aux entreprises (banque, assurance, management, droit, consultant....) qui ne sont pas directement reliés à la production ou à un marché particulier. Ces services, interurbains par nature, montrent un besoin indispensable de communication et de déplacement par le cyberespace, ainsi que par des relations interpersonnelles directes, nécessitant souvent l'usage de l'avion. En 1985, un avocat d'affaires de New York pouvait indifféremment mener une vie amoureuse avec une Londonienne ou une Tokyote (les trois uniques villes globales de l'époque) mais pas, par exemple, avec une Parisienne et encore moins avec une Barcelonaise. Aujourd'hui, toutes les villes importantes du monde permettent de vivre son amour dans le flux. Lorsque l'on est un jeune homme de Buda et que l'on a quelques études, il est devenu concevable de sortir avec une habitante de Mexico, aussi facilement que de traverser le Danube pour séduire une fille de Pest.

Il ne s'agit plus simplement d'aimer comme on achète un hamburger (soit, rappelons-le, le dernier maillon d'une longue chaîne d’approvisionnement), mais bien de "voyager l'amour", au sens propre, à l'image d'un conteneur maritime, indépendant du produit qu'il contient, justifié par rien d'autre que le relationnel. La navigation sur la Carte globale du Tendre étant considérablement facilitée par l'aide technologique que sont les téléphones GSM, les appareils photos, les e-mails...Les deux amoureux qui disposent d'un emploi du temps et de déplacements harmonisés se tiennent informés de leur position et de leur état respectif en temps réel.

 

De telles relations sont rendues possibles par l'émergence de places disposant de fonctions très connectives. Il s'agit des hubs, concentrateurs puis éclateurs de flux. Ces hubs sont souvent superposés aux agglomérations "à l'ancienne" ne disposant, elles,  que d'une simple attractivité physique (par ex. à la mesure de  la population ou du PIB). Il y a alors cohabitation du marché per se avec les fonctions globales. Pour illustrer cela, les habitants de la banlieue parisienne qui souffrent de "rencontres desintensifiées" à cause de l'emprise de la logistique dans cette région prospère, voient passer chaque jour au-dessus de leur tête des centaines de milliers de passagers aériens qui viennent se rencontrer au nom du flux à Orly et Roissy. 

 

Mais certaines cités, qui représentent le cœur de la globalisation, sont entièrement au service de l'espace du flux, du centre ville à la banlieue. C'est le cas de Dubaï et plus encore de Singapour. Les employés du bas de l'échelle sociale, spécifique à ces places particulières, représentent les nouveaux prolétaires planétaires. Ces forçats que l'on ne rencontre jamais sont préposés à la manœuvre du grand cabestan pour hisser la voile lourde de la circulation mondiale, à l'image des manutentionnaires du port de Gioia Tauro en Calabre, place majeure de la distribution des conteneurs en méditerranée.

 

 

 Sur ce lien : ouvriers manutentionnaires filmant de manière épique leur travail dans le port de Gioia Tauro en Calabre 

 

 

Ces hubs sont reliés à des places "vouées à la rencontre" qu'ils contribuent à animer. C'est le cas de Malte (également port-hub à conteneurs comparable à celui de Gioia Tauro et place financière), qui se spécialise dans les séminaires de formation (pour les entreprises, cours d'anglais...) à l'échelle européenne. Il en va de même, en plus récréatif, par exemple à Saint Martin des Antilles, où un ballet aérien relie la petite île à Paris, Amsterdam, Toronto, New-York, Philadephie...soit les villes-hubs des compagnies aériennes américaines et européennes. Les personnes qui se croisent et s'apprécient en de tels lieux appartiennent d'emblée à la ville globale en réseau.

 

 

En lien, ces deux courts films de vacanciers montrent la piste de l'aéroport franco-néerlandais de l'île de Saint Martin (Antilles) vue depuis la plage :
Le premier film présente des activités littorales servant un marché récréatif, en contact sporadique avec l'espace du flux.  Sitôt l'avion au sol, la logistique de la route reprend ses droits, en témoigne le camion de livraison à la 54e seconde.
Le second film
, plus intime, présente des personnes sur la plage en train de saluer les quelques 300 passagers en partance pour le hub de Roissy. Le groupe, soudain balayé par le souffle brulant des réacteurs du jet,  trouve précipitamment refuge dans la mer.

 

 

Leila et Jamela : quand le flux émancipe la femme

 

 

Toutes les femmes contemporaines portent ces deux jolis prénoms au fond de leur cœur. Pour les hommes marxistes et néomarxistes qui ont l'habitude de savoir leur femme toujours à leur côté, prête à les épauler et à les protéger, eux, ainsi que leur  foyer, du monde extérieur, le passage au flux est un bouleversement. Leila et Jamela, ces deux prénoms, s'ils sont lus phonétiquement, permettent d'illustrer une conséquence de l'appartenance de la femme à l'espace du flux. Désormais, elle partage son temps entre absence [Jamais-là] où elle voyage, elle "flue", et les temps de présence [L'est-là] où elle s'occupe de ses proches.

 

La mixité semble une règle absolue dans les avions, comme dans la fréquentation du cyberespace. Dans ses périodes d'immobilité, l'homme doit apprendre à s'emparer des deux domaines de l'amour et de l'attente, autrefois territoires exclusifs de la femme. Et à la femme de se défaire de son sempiternel rôle de vigilante adjuvante, aujourd'hui obsolète. Étant entendu que l'absence prolongée de madame est le gage d'une relation particulièrement intense à son retour physique. L'enfant qui naîtra du lit de la rencontre de ces deux êtres bardés d'électronique, ayant en mémoire les grands hubs mondiaux et dans la peau des centaines de milliers de kilomètres, parcourus virtuellement ou par grandes bouffées de kérosène, sera un enfant de l'amour global...    

 

S.A.

   

*Entretien avec Alain Badiou, Telerama, n° 3160-3161 du 07/08/2010, p.8 à 12

 

 

 


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